Le cœur de l’homme

À propos, le temps parvient-il à avancer à travers une tempête aussi épaisse, avance-t-il un peu mieux que les hommes, n’erre-t-il pas lui aussi, perdu? Dans ce cas, où finiront-ils? Évidemment, à l’arrière du monde, pense le gamin, là où le vent jamais ne désarme, où le ciel ne connaît nulle éclaircie et où nulle chaleur n’a jamais raison du froid. 

Par deux fois, il cède à la tentation d’avaler quelques flocons pour se désaltérer, mais cela ne fait que décupler sa soif, il se laisse également aller à se parler et à se réciter quelques vers, car il est dans la vie de chaque homme des moments où seules quelques lignes de poésie peuvent lui permettre de s’orienter. D’une manière incompréhensible, certains vers renferment en leur profondeur à la fois l’essence, le bon sens, la route à suivre, la résignation face au monde et ce, même si le poète qui les a composés a passé sa malheureuse vie perdu au creux de la paume d’un géant. 

Mais les rimes se brisent en mille morceaux sur ses lèvres gercées par le froid, elles se disloquent également dans sa tête, il ne parvient pas à suivre le fil de ses pensées…

 

« Où s’achèvent les rêves, où commence le réel ? Les rêves proviennent de l’intérieur, ils arrivent, goutte à goutte, filtrés, depuis l’univers que chacun de nous porte en lui, sans doute déformés, mais y a-t-il quoi que ce soit qui ne l’est pas, y a-t-il quoi que ce soit qui ne se transforme pas… »

 

 

 

 

 

 

Jón Kalman Stefanson